La recherche d'identification: le groupe de parole
Avant d'être concerné par la perte d'un bébé, on se dit que cela n'arrive qu'aux autres. Lorsque les autres c'est nous, on se dit qu'on est les seuls à souffrir.
Dès le retour de la maternité, j'ai rapidemant chercher sur internet des associations de parents. J'y ai passer de longues heures durant... Parfois compulsivement, je passais d'un site à l'autre, m'attardant le plus souvent sur les témoignages des parents de bébés morts in-utéro.
Je découvrais les diverses raisons qui font d'un bébé un ange: infarctus du placenta, tours ou noeuds supersposés au cordon, accidents d'accouchements, infections diverses, maladies génétiques, insuffisance cardiaque, cause inconnue ou bien encore mort subite du nourisson et interruption médicale de grossesse.
Je plongeais peu à peu, et malgré moi, dans un monde jusqu'alors inconnu où meurt les bébés. Je découvrais, anéantie, le nombre de familles touchées par ce drame.En découvrant les témoignages, je sombrais un peu plus.
Avec le recul je sais que je n'étais pas prête alors à découvrir tout cela. Mais c'était plus fort que moi: il me fallait savoir! Savoir quoi exactement? Je n'en sais rien... Mais lire la douleur des autres ne me bénéficiait pas vraiment: j'étais trop fragile psychologiquement pour entendre raisonnablement ces récits. Souvent, à leurs lectures, mes angoisses montaient. Je souffrais pour mon fils et pour les autres parents qui ont une petite étoile là haut.
Néanmoins je n'étais plus seule. Mon fils n'était pas le seul bébé à être décédé avant de naître. C'était à la fois très triste et très rassurant. Ce drame, nous n'étions pas les seuls à le vivre. Depuis la mort de Batiste, d'autres familles ont basculées dans la mort au détour d'une salle de naissance.
Je cherchais des associations sur le deuil périnatal. Je découvrais les droits ou non droits des parents d'enfants nés sans vie, ainsi que les actions militantes menées par certaines associations de parents.
Je trouvais par hasard le site de l'association qui se réunissait une fois par mois à la maternité où j'ai accouchée de Batiste: la maternité Jeanne De Flandres à Lille de niveau III accueillant toutes les grossesses à risque du département.
Sous l'impulsion d'un médecin, Maryse Dumoulin, s'est créé un réseau d'action et d'aides aux parents endeuillés. L'association "Vivre son deuil Nord-Pas-De-Calais" milite notamment pour la reconnaissance des enfants nés sans vie nés en dessous de 22 SA (seuil de viabilité reconnu par l'OMS), cherche à améliorer l'accompagnement des parents afin qu'il débutent leur deuil correctement(voir leur bébé, avoir des photos, carré des anges dans chaque commune etc...) et forme les soignants
Je comprend mieux pourquoi nous avons été si bien accompagnés dans la rencontre avec notre fils.
La branche Deuil périnatal de l'association se nomme "Nos tous petits". Le site décrit les actiosn entreprises par les bénévoles qu'ils soient parents ou soignants.
Quelques jours avant le groupe de parole du mercredi 9 novembre, je trouve ce texte sur internet:
« Quand vous attendez un enfant, c’est comme si vous prépariez des vacances en Italie. Vous êtes tout excités. Vous achetez un tas de guides touristiques, vous apprenez quelques phrases en italien afin de pouvoir vous débrouiller, et quand le moment arrive, vous faîtes vos bagages et vous vous rendez à l’aéroport pour l’Italie.Seulement, quand vous atterrissez, l’hôtesse vous dit bienvenue en Hollande.
Vous vous regardez, incrédules et scandalisés, en disant « En Hollande ? De quoi parlez-vous ? J’ai réservé pour l’Italie ! »
On vous explique qu’il y a eu des changements, et que vous avez atterri en hollande, que vous devez y rester. « Mais je ne sais rien de la Hollande ! Je ne veux pas y rester dites-vous. »
Mais vous y restez. Vous sortez et achetez quelques nouveaux guides, vous apprenez de nouvelles phrases et vous rencontrez des gens dont vous ne soupçonniez même pas l’existence. La chose la plus importante est que vous n’êtes pas dans un quartier pauvre, sale où règnent la peste et la famine. Vous êtes simplement dans un endroit différent de celui que vous aviez imaginé. Le rythme y est plus lent et moins tapageur qu’en Italie, mais quand vous y êtes depuis un moment, et que vous avez l’occasion de reprendre votre souffle, vous commencez à découvrir que la Hollande a des moulins à vent. La Hollande a des tulipes. La Hollande a même des Rembrandt.
Mais tous ceux que vous connaissez vont en Italie et en reviennent. Ils se vantent tous du bon temps qu’ils ont eu là-bas et pendant le reste de votre vie, vous direz : « Oui, c’est là que j’allais. C’est ce que j’avais prévu. »
Le chagrin que vous en ressentez ne s’effacera jamais. Vous devez accepter cette peine, parce que la perte de ce rêve, la perte de ce projet est très importante. Mais si vous passez le reste de votre vie à pleurer le fait que vous n’avez pas été en Italie, vous ne serez jamais libres de profiter des choses très spéciales et très jolies que l’on trouve en Hollande. »
Ce soir, nous allons rencontrer d'autres personnes qui vivent en Hollande. Il y a quelques appréhensions mais surtout un grand besoin d'identification.
Rencontrer d'autres parents qui ont perdu un tout petit et qui pourtant continuent à vivre...
Espérer, se prouver que c'est possible pour nous aussi...