Comment leur dire...
Comment leur dire? Comment leur faire comprendre? Comment faire comprendre que mon fils a vécu, vit et vivra toujours...
Il est souvent douloureux d'avoir le sentiment de voir passer son bébé "aux oubliettes"... D'avoir le sentiment que pour les autres il n'a jamais vécu, que son existence fut vaine et inutile... Qu'en somme il n'a servit qu'à nous apporter du malheur, de la tristesse, du désespoir...
Certes tous mes proches, qu'ils soient de la famille, des amis ou des collègues, ne pensent pas tous cela - et fort heureusement pour moi car j'ai encore besoin de soutien - mais nombreux veulent tourner, ou ont déjà touner, la "page Batiste". Cet enfant qui a été chéri dans mon ventre, qui attirait toutes les attentions et les prévoyances n'a plus l'air de préoccuper grand monde aujourd'hui. Une fois décédé cet enfant n'avait plus d'intérêt: il n'y avait plus de layette, plus de joies... Son départ était comme une trahison: le bonheur promis n'était plus, Batiste était partit.
Le temps s'est écoulé, les peines se sont apaisées et le souvenir de Batiste semble parfois s'éloigner de leur regard... Aujourd'hui, de nouveau enceinte, j'ai parfois ce sentiment douloureux que cet enfant efface peu à peu mon fils à leurs yeux.
Car Batiste est et restera mon aîné... Parce que l'enfant que je porte aujourd'hui sera aussi son grand frère ou sa petite soeur, parce que cet enfant en devenir doit savoir qui est son frère, je ne PEUX PAS oublier mon fils, je ne PEUX PAS "tourner la page"... On ne tourne pas la page sur son enfant, qu'il soit vivant ou décédé...
Je parlerais toujours de Batiste, ses photos seront toujours présentes dans mes cadres, il aura toujours la place qu'il mérite car il m'a donner tout ce qu'une maman peut espérer et bien plus encore: il m'a ouvert les yeux sur la vie. Il m'a permit de trouver les clefs qui manquaient à mon bonheur.
J'ai fait le choix qui s'imposait à moi: le laisser partir. Mon fils a décidé de s'envoler car le moment était venu...
Comme une maman qui laisse s'envoler ses enfants vers leur vie future sans regret ni amertume, j'ai laisser mon fils poursuivre sa route indépendemment de moi. Je sais qu'il est heureux et le savoir heureux me suffit.