Mon fils s'est éteint...
Vu la régularité des contractions, vers 3h je me décide à appeler. Une sage femme arrive, regarde mon col... Pfff il n'a pas bouger! Ben alors je me demande pourquoi ça n'avance pas...
Elle me dit qu'elle va faire un monitoring de contrôle. Elle revient avec l'appareil, le branche et pose la sonde du côté gauche de mon ventre. Batiste a son abdomen de ce côté, la tête en bas.
La sonde posée, elle cherche le coeur. Un peu, beaucoup... On entend mon coeur en bruit de fond mais elle cherche toujours le sien. Je sais déjà que ce n'est pas normal, mais je m'y refuse. A terme il n'a plus de place pour changer de position! le coeur se trouve sous cette sonde. Alors pourquoi n'y a-t-il rien? Elle devrait le trouver très vite ce petit coeur...
Je laisse passer du temps, incapable de parler. De quoi s'agissait-il? Des secondes, des minutes. Cela m'a parut une éternité... Je refusais la réalité qui s'imposait déjà à moi.
Tétanisée par l'angoisse je me décidais tout de même à demander "Qu'est-ce qui se passe?". Pour toute réponse j'avais le regard de la sage femme posé sur l'appareil et l'absence de rythme. Je répétais ma question la voyant inquiète: "Je vous avoue que je cherche" me répondit-elle...Cette fois ci je savais, mais je ne pouvais toujours pas me résoudre à l'évidence.
Elle partit pretextant que l'appareil ne semblait pas fonctionner.
Pendant le cours labse de temps où elle s'est absentée, j'ai secoué mon ventre "Allez, allez" chuchotais-je à mon bébé... Mais rien. Rien.
Revoilà ma sage femme accompagnée d'un appareil d'échographie et d'une de ses collègues affolée... Elle pose la sonde. Toujours rien. Elle me regardent toutes les deux, l'air compatissant: c'est finit... Mais je ne réalise toujours pas. L'air hagard, j'écoute mais je n'entends pas...
L'une d'elle part chercher l'interne de garde. Celui ci se précipite sur la sonde et regarde à son tour comme pour vérifier par lui même ce à quoi, lui non plus, ne peut pas croire. Sa tête me cache l'écran... Je me relève et je vois le profil de mon fils à l'écran, son joli petit nez...
L'interne se tourne vers moi avec un sourire de compassion: "Je suis désolée, c'est finit...". A cet instant je le regarde interdite. C'est comme si je me détachais de moi même: comme si je regardais moi aussi cette femme au gros ventre à qui l'on vient d'annoncer que son bébé ne respire plus...
Mais non c'est bien moi à qui on vient de dire que la vie qu'elle portait s'est arrêtée subitement. Le seul mot qui sort de ma bouche est "Non...". Mon corps essaye de sortir de sa torpeur, il gesticule... Je prends conscience qu'une sage femme a sa main posé sur ma jambe, une autre me tient le bras. "Allez-y craquez.." me dira l'une d'entre elles. Je n'y arrive même pas...
L'interne me regarde: "Vous savez ce qui va se passer? On va tout faire pour vous faire accoucher par voie basse...". On peut se demande pourquoi mais moi je m'en doutais... Il fallait éviter au maximum une cicatrice à l'utérus...
Je suis immédiatement transférée dans une chambre individuelle. Ma voisine de chambre n'est plus dans son lit. Tant mieux j'avais peur de croiser son gros ventre...
Les sage femme m'ont amenés mes affaires. Mon gros sac si précieusement préparé où se sont entassés body et dors bien si soigneusement choisis tout au long de ma grossesse, ainsi que mes vêtements d'allaitement...
Je veux qu'on appelle mon mari. Je ne pense plus qu'à lui, à sa réaction... J'ai mal déjà... L'interne me demande ce que je veux qu'on lui dise: ne pas lui mentir, mais surtout ne pas lui dire que son fils est partit...
Maintenant j'ai peur pour lui.